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L’IA soutient le processus d’innovation, mais ne remplace pas l’intervention humaine

Comment Novartis se sert-elle de l’intelligence artificielle (IA) dans le processus d’innovation et quel impact cet usage a-t-il sur sa stratégie de protection de la propriété intellectuelle (PI) ?

L’utilisation de l’IA par Novartis ne date pas d’hier. Corey Salsberg, vice-président et responsable mondial de la propriété intellectuelle du groupe pharmaceutique suisse, suit son évolution depuis des années.

Vice-président et responsable mondial de la propriété intellectuelle chez Novartis, Corey Salsberg suit depuis de longues années l’évolution de l’usage de l’IA dans le groupe pharmaceutique.

Dès 2017, il s’est exprimé publiquement sur la manière dont les systèmes d’IA transforment l’innovation et sur la nécessité, ou non, d’adapter la législation régissant la propriété intellectuelle. Grâce à l’avènement de ChatGPT notamment, le thème est désormais sur toutes les lèvres. Corey Salsberg, qui aime s’exprimer sur le sujet, n’a eu de cesse de rappeler pendant notre entretien que l’IA, telle que Novartis l’utilise dans son processus d’innovation, constitue la base sur laquelle repose une palette d’outils entièrement nouveaux destinés aux chercheurs, ni plus ni moins. Ces derniers utilisent les outils d’IA dans leurs travaux de recherche au même titre que d’autres outils plus anciens. Leur emploi nécessite une intervention humaine et, surtout, les résultats de l’IA doivent être vérifiés avec soin. Pour Corey Salsberg, il est clair que les idées naissent dans la tête des humains, des inventeurs. C’est pourquoi, chez Novartis, l’IA intervient dans le processus d’innovation, mais elle ne se substitue pas aux chercheurs.

 

L’IA générative : également utilisée dans la recherche

La seconde catégorie englobe les outils basés sur l’IA générative. Ceux-ci sont employés dans les recherches in silico, notamment dans la conception de nouvelles molécules. Leur usage s’apparente à notre utilisation des modèles d’IA courants pour générer des textes ou des images, mais l’intervention et le contrôle humains y jouent un rôle bien plus important. Corey Salsberg nous explique qu’une fois qu’un outil basé sur l’IA a été développé, entraîné et paramétré avec les jeux de données adaptés à la tâche de recherche, un scientifique peut lui demander de s’inspirer des propriétés éprouvées d’une molécule ou d’une protéine pour proposer des versions virtuelles de nouvelles molécules présentant les mêmes propriétés ou produisant des effets identiques. Dans ces cas aussi, l’IA va en premier lieu reconnaître des motifs dans une base de données existantes, mais elle les applique ensuite à quelque chose de nouveau afin de générer, par exemple, une grande quantité de molécules virtuelles. À ce stade, les chercheurs vont identifier les molécules prometteuses susceptibles d’être synthétisées en laboratoire, étant entendu qu’ils devront par la suite continuer à les développer et à les tester, puisque les molécules de base ne constituent que le point de départ du développement d’un médicament, un processus long et complexe. Là encore, l’IA apporte une valeur ajoutée non négligeable, mais elle sert avant tout à augmenter l’ingéniosité humaine et accroître l’efficacité de la recherche.

  

Deux catégories d’IA

Le groupe pharmaceutique suisse compte deux grandes catégories d’outils basés sur l’IA. La première catégorie comprend les IA non génératives, qui servent principalement d’outils analytiques; ils identifient, entre autres choses, des motifs dans de grandes quantités de données, dont Novartis regorge grâce à son intense activité de recherche. Ces données sont stockées par exemple dans des bibliothèques numériques contenant des millions de principes actifs potentiels et de combinaisons correspondantes.

« Lorsqu’une propriété particulière d’une molécule est susceptible d’être utile dans le traitement d’une maladie, nous avons recours à l’IA, qui passe les bibliothèques numériques pertinentes au crible pour rapidement identifier d’autres substances présentant cette propriété », nous explique Corey Salsberg. L’IA est également devenue indispensable dans les essais cliniques, une étape obligatoire dans le processus fastidieux d’obtention de l’autorisation de mise sur le marché d’un médicament. Elle permet en effet d’identifier plus efficacement des patients potentiels, en particulier les personnes souffrant de maladies rares.

 

Pondérer la qualité et l’efficacité des outils d’IA

Selon Corey Salsberg, les outils d’IA font désormais partie intégrante du processus d’innovation chez Novartis. Il relève toutefois que la gamme des outils d’IA proposés par des tiers peut présenter de grandes disparités en matière de qualité, et que tous ne sont pas adaptés à une utilisation dans le domaine de la recherche et du développement biopharmaceutiques. Choisir des outils adaptés et sûrs peut prendre du temps, car ces derniers doivent répondre aux exigences pratiques, juridiques et éthiques définies par Novartis et atténuer les failles présentes dans les outils d’IA prêts à l’emploi couramment utilisés aujourd’hui.

 

L’IA a-t-elle modifié la stratégie de protection PI ?

Selon Corey Salsberg, le recours à l’IA chez Novartis n’a eu que peu d’impact sur la stratégie de protection PI de l’entreprise, du moins pour ce qui est de la mission traditionnelle de la société pharmaceutique, à savoir la recherche et le développement de médicaments pour le bien des patients. « Même si nous avons recours à l’IA, la mission reste la même, tout comme les stratégies correspondantes », souligne le vice-président du groupe. Le seul changement vient de l’introduction des nouveaux outils, qui touche en premier lieu les modes de travail. Même si les systèmes d’IA permettent à Novartis de générer beaucoup plus de composés, seuls les plus prometteurs sont en fin de compte brevetés.

 

La particularité des inventions logicielles

Il en va tout autrement des outils d’IA développés en interne. Bien que Novartis ait l’intention de rester une entreprise pharmaceutique, elle développe également des innovations logicielles lorsque cela s’avère nécessaire et utile. Les brevets peuvent jouer un rôle important à cet égard, tout comme les secrets d’affaires et les droits d’auteur. Novartis décide au cas par cas de la stratégie de PI à adopter, en fonction de l’innovation en question et de l’usage auquel elle est destinée. « Notre mission et nos principales activités de recherche ne devraient pas beaucoup évoluer au cours des cinq prochaines années », précise Corey Salsberg, tout en rappelant une nouvelle fois que le groupe pharmaceutique se concentre sur le développement et la mise à disposition de médicaments. « Les outils d’IA nous permettront toutefois d’accroître l’efficacité de nos processus », relève-t-il.

 

Collaboration avec les autorités réglementaires et les offices des brevets

Corey Salsberg estime que les outils d’IA recèlent un énorme potentiel de gains en efficacité pour les demandes que les innovateurs doivent présenter aux autorités d’autorisation de nouveaux médicaments. Il existe déjà des outils basés sur l’IA qui analysent les données brutes issues de divers essais cliniques conformément aux réglementations des autorités compétentes. Mais, selon lui, il y a encore une marge de progression.

Au cours de l’entretien, il suggère également que, du moins pour l’instant, les offices des brevets devraient avoir recours à l’IA principalement pour l’examen des demandes de brevet dans un but d’accroître l’efficacité. « La qualité des recherches doit rester la priorité absolue », affirme-t-il. Les offices des brevets devraient toutefois indiquer clairement de quelle manière ils utilisent l’IA dans le processus d’examen et à quel stade de la procédure. En outre, les décisions devraient être transparentes afin que les responsables chez Novartis et d’autres innovateurs puissent réagir en conséquence.

 

Conseils pour les utilisateurs débutants

L’IA ne profite pas uniquement aux grandes entreprises. Bien au contraire : ce sont surtout les petites structures entrepreneuriales qui devraient en tirer parti. Corey Salsberg leur conseille de garder l’esprit ouvert et de rester vigilantes. Contrairement à ce que son nom laisse entendre, l’IA n’est en réalité pas intelligente. Elle ne va pas se substituer au travail créatif ni agir de manière autonome, du moins pour l’instant. « Mais utilisée à bon escient, c’est un outil puissant qui peut améliorer le processus d’innovation existant et le rendre plus efficace », explique le vice-président de Novartis.

 

Conseils pour les utilisateurs débutants

L’IA ne profite pas uniquement aux grandes entreprises. Bien au contraire : ce sont surtout les petites structures entrepreneuriales qui devraient en tirer parti. Corey Salsberg leur conseille de garder l’esprit ouvert et de rester vigilantes. Contrairement à ce que son nom laisse entendre, l’IA n’est en réalité pas intelligente. Elle ne va pas se substituer au travail créatif ni agir de manière autonome, du moins pour l’instant. « Mais utilisée à bon escient, c’est un outil puissant qui peut améliorer le processus d’innovation existant et le rendre plus efficace », explique le vice-président de Novartis.

 

À propos de Novartis

Novartis est l’un des principaux groupes pharmaceutiques au monde. Son siège social est à Bâle. Née en 1996 de la fusion de Ciba-Geigy et Sandoz, l’entreprise concentre aujourd’hui son activité dans le développement et la commercialisation de médicaments innovants. Elle s’est spécialisée dans les domaines de l’oncologie, l’immunologie, les maladies cardiovasculaires, les neurosciences et les pathologies rares. Novartis compte quelque 76 000 employés – dont 10 000 travaillent à Bâle. La société investit plusieurs milliards de dollars américains par an dans la recherche et le développement.

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